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Urban Sketching : ce que le Symposium de Toulouse m’a appris

En juillet 2026, Toulouse a accueilli le 14ème Symposium International Urban Sketchers, un événement qui a rassemblé pendant quatre jours des dessinateurs venus du monde entier. J’ai décidé de partager avec vous aujourd’hui ce que j’ai appris durant cet événement hors du commun.

Intro

Je ne suis pas « urban sketcher ». Je suis aquarelliste, et je travaille le plus souvent seule dans mon « atelier » (autrement dit, à mon bureau dans mon appartement). On pourrait donc se dire que je n’étais pas visée par ce type d’évènement, et pourtant, me voilà à vous en parler.

Comme quoi la couleur, l’aquarelle, ça fait voyager, et ça nous sort de notre petite zone de confort !

Alors, pourquoi cet événement m’a-t-il autant marquée ? Parce qu’il a été pour moi une véritable révélation… Non, je ne deviens pas urban sketcheuse, mais… Je crois que nous pouvons tous être urban sketcheur ! Il suffit de se lancer…

Qu’est-ce que l’urban sketching ?

L’urban sketching consiste à dessiner sur le vif, directement face à son sujet. Une rue, un café, une gare, un arbre, des passants…

Le mouvement Urban Sketchers serait né en 2007 autour d’une idée simple : montrer le monde, un dessin à la fois. Sa charte insiste sur l’observation directe, le partage et la diversité des styles : il n’existe ni technique imposée, ni niveau minimum pour participer.

Pour moi qui suis observatrice et qui aime contempler, l’urban sketching était assez impressionnant. Finalement, on y croise aussi bien des dessinateurs professionnels dessinant à l’encre avec une précision incroyable que des aquarellistes aux techniques très libres et non académiques ! Et vu l’exercice, même les professionnels font, volontairement ou non, des dessins qu’un quidam jugerait en un coup d’oeil : « oh mais même mon fils de 4 ans fait mieux ! ».

Comment trouver un groupe près de chez soi ?

Si l’expérience vous tente, le plus simple est de chercher s’il existe un « chapitre » (c’est comme ça que ça s’appelle) Urban Sketchers près de chez vous. Le réseau est organisé en groupes locaux qui proposent régulièrement des sorties pour dessiner ensemble.

À Toulouse, le mouvement est notamment porté par l’association Dessiner sur le vif, qui rassemble les personnes intéressées par le dessin sur le terrain et organise notamment des rendez-vous à thème.

Il est également assez facile de trouver ces groupes sur les réseaux sociaux, notamment en recherchant « Urban Sketchers » suivi du nom de sa ville, ou en passant par les réseaux Urban Sketchers.

Le Symposium Urban Sketchers de Toulouse, c’était quoi ?

Du 15 au 18 juillet 2026, Toulouse est devenue un immense terrain de dessin. Des milliers de participants venus de nombreux pays se sont retrouvés pour suivre des ateliers, assister à des conférences, participer à des démonstrations et surtout dessiner ensemble dans toute la ville.

Les places du Capitole, les quais de la Garonne, les marchés ou les rues de la Ville Rose se sont transformés en ateliers à ciel ouvert. Rue du Taur, où se trouve la boutique de créateurs Les curiosités d’Arboria, où je suis exposante, il y avait même des rendez-vous officiels ! J’en parle juste après…

Le Symposium ne se résumait pas aux activités réservées aux participants inscrits. Plusieurs rendez-vous étaient ouverts au public ET gratuits. C’est ceux-là que j’ai repérés, parce qu’ils me permettaient de découvrir l’urban sketching sans avoir besoin de me lancer dans un atelier payant au thème éloigné de ma pratique. Et soyons honnête, je ne savais même pas qu’il fallait s’inscrire… Je l’ai appris sur le tas !

Et c’est finalement l’un de ces rendez-vous (gratuits et publics) qui m’a permis de franchir le pas. Parmi eux, les « Drink ‘N Draws » me faisaient particulièrement envie : des rendez-vous très simples où l’on se retrouve pour manger ou boire un verre avant de sortir son carnet pour dessiner ensemble.

Ma palette usk 2026 et le carnet Une Envie de Papier
Ma palette « minimaliste » de fabricante d’aquarelles artisanales : pas si minimaliste hihi

Je deviens urban sketcheuse pour un soir !

J’ai eu la chance que l’un de ces rendez-vous ait lieu dans mon quartier, un endroit où je passe pas mal de temps, en fin de journée. C’était l’occasion idéale de me lancer… même si, pour être honnête, j’étais très intimidée.

Une de mes amies, bénévole du symposium, a fini par m’y donner rendez-vous. Je ne pouvais plus reculer. Et c’est sa présence qui a été un coup de pouce pour moi : je me suis installée par terre avec d’autres dessinateurs, comme ça, aussi simplement ! Une fois assise, j’ai pu faire comme le reste du troupeau, me camoufler, incognito ! C’est tout ce à quoi j’aspirais : que personne ne me regarde !

Et une fois assise, un peu calmée, je me suis rendue compte que j’aurais pu m’assoir avec ce groupe même sans mon amie, car personne n’a semblé vouloir nous demander nos papiers d’identité ni questionner ma légitimité à les rejoindre. Tous étaient concentrés sur leur dessin de l’instant, leur sujet et éventuellement prêts à partager des remarques sympathiques et des saluts.

Pour cette raison, j’ai trouvé cette communauté hyper bienveillante. Dans une forme de bienveillance passive : chacun fait sa popote de son côté mais ensemble. Chacun est concentré sur sa propre pratique et son propre sujet.

J’ai d’abord observé et prenant mes aises, j’ai fini par sortir mon matériel. C’est finalement le fait d’être déjà sur place qui m’a fait basculer. Finalement, je crois que le plus difficile n’était pas de dessiner, mais de venir et d’oser m’installer.

Depuis mon bureau, j’ai beau me dire que j’aimerais bien tenter l’urban sketching mais tant que je ne suis pas dehors, il ne se passe rien. Ce soir-là, le mélange d’un engagement envers une copine et du caractère exceptionnel (international !) de l’événement m’a offert l’occasion d’enfin mettre le pied à l’étrier.

Trouver son propre point d’accroche

Il y avait pourtant une autre difficulté pour moi : je ne savais pas vraiment quoi dessiner.

Mes sujets habituels sont les animaux ou les situations imaginaires. J’aime beaucoup le thème de la rencontre. C’est plutôt difficile de transposer tout ça, du moins de mon point de vue. Le rendez-vous au bord de la Garonne un soir de juillet n’offrait pas ces sujets-là, a priori. L’urban sketching me demandait donc de changer complètement mon fusil d’épaule.

Ce qui m’a finalement permis de me lancer, c’est de trouver un élément qui me parlait vraiment. Ce soir-là, il y avait un très beau clair de lune juste à côté du dôme de La Grave.

Magnifique vue nocturne USK 2026 TOulouse
La beauté de cette vue svp : le dôme, le mur de briques toulousaines et le clair de lune.

Je ne sais pas si c’est comme ça qu’on fait de l’urban sketching, mais il m’est même venu à l’esprit que la prochaine fois je pourrais tout aussi bien peindre ce que je vois et ajouter une lune ou un animal inexistant – histoire de m’aider à peindre des scènes de ville.

Allez, prochaine fois : une poubelle qui déborde avec des rats qui font la fête !

Une fois mon sujet trouvé, je me suis lancée. L’avantage du carnet en papier aquarelle, c’est qu’on ne peut pas gommer 36 fois au risque d’abîmer le papier. J’ai donc posé des premiers traits, qui ne m’ont pas convenu. Et c’est là que l’entraide du groupe m’a été particulièrement utile. Mon amie s’est penchée vers moi et m’a donné un petit tips d’urban sketcheur et hop c’était bon ! Et ça, j’ai trouvé ça précieux.

Mon carnet une envie de papier pour l'aquarelle
Ma palette de voyage, dans une boîte récup, et mon carnet Une Envie de Papier.

Apprendre à finir un dessin… même quand il n’est pas fini

Pour quelqu’un qui a l’habitude de travailler à son bureau, avec tout le temps nécessaire pour commencer une illustration et la terminer, l’urban sketching peut aussi être assez déroutant.

Il faut accepter de sauter certaines étapes.

Par exemple, j’ai l’habitude de dessiner à la plume et à l’encre. Mais sur place, sortir ma plume, mon encre et tout le matériel nécessaire me semblait beaucoup trop compliqué.

Je n’avais pas envie de remplacer complètement cette façon de faire par un simple stylo, alors je suis finalement restée sur une première esquisse au crayon de papier.

Et puis il y a le temps.

En urban sketching, le dessin n’est pas forcément terminé parce que vous avez décidé qu’il était terminé. Il peut l’être parce que le sujet disparaît.

C’est particulièrement évident lorsque l’on dessine des personnes : elles bougent, changent de position, se lèvent et parfois quittent tout simplement les lieux. Il faut alors accepter que le dessin s’arrête là où il en est.

Mais même lorsqu’on dessine un bâtiment, un paysage ou une rue, le temps peut imposer sa propre fin. La lumière change, une animation commence, quelque chose se passe dans la rue… ou tout simplement, la session de dessin se termine.

C’est exactement ce qui m’est arrivé ce soir-là. Le groupe commençait à partir et je ne me voyais pas rester seule. Mon dessin était donc terminé, que je le considère ou non comme terminé.

Et finalement, cette contrainte est intéressante.

Elle oblige à aller un peu plus vite, à moins s’attarder sur chaque détail et à accepter qu’un dessin puisse être imparfait.

On peut toujours décider de le reprendre plus tard, de le retravailler, de recommencer le sujet autrement la prochaine fois, ou simplement d’essayer d’être plus rapide la fois suivante.

Dans mon cas, je n’ai d’ailleurs toujours pas retravaillé ce premier croquis. Mais j’en ai bien l’intention, parce que j’aime vraiment ce que j’ai réussi à capturer ce soir-là : la vue sur la Grave, le clair de lune, la lumière qui se réverbérait sur les murs de briques et ce ciel d’un bleu presque noir.

La prochaine fois, je crois simplement que j’essaierai d’être plus rapide. Et que j’accepterai d’en faire soit des dessins terminés, soit des dessins préparatoires.

USK 2026 toulouse Le dôme de La Grave
J’ai eu le temps de poser une couche, trois couleurs, et le temps était écoulé.

Seul devant sa feuille, mais jamais vraiment seul

C’est probablement l’une des choses que j’ai le plus appréciée dans cette expérience : l’urban sketching est une activité très individuelle qui se pratique pourtant en collectivité.

Pendant que l’on dessine, chacun est finalement seul face à sa feuille. On peut observer, réfléchir, essayer, se tromper… tout en étant entouré de personnes qui font exactement la même chose.

Et puis, lorsque quelqu’un termine son dessin, les échanges commencent naturellement.

On discute de la technique utilisée, de la façon dont on a choisi son point de vue, de la manière dont on a réussi tel ou tel détail. On découvre des façons de faire complètement différentes de la sienne.

Par exemple, j’ai été assez amusée par une remarque que l’on m’a faite ce soir-là.

Comme j’ai l’habitude de peindre à mon bureau avec des pinceaux assez fins, j’ai naturellement conservé cette façon de travailler. Quelqu’un a été très étonné par la minutie de certains détails de mon dessin et m’a demandé quel était mon secret pour réussir à peindre des choses aussi précises.

La réponse était finalement beaucoup moins mystérieuse que ce qu’il imaginait : je n’utilise tout simplement pas de pinceau à réservoir d’eau. J’avais apporté mon petit pinceau fin habituel.

C’est un détail, mais j’ai trouvé cet échange très intéressant. Parce que lorsque l’on travaille seul, on finit par oublier que notre manière de faire n’est pas forcément celle des autres. On ne se rend pas toujours compte que certaines de nos habitudes peuvent sembler surprenantes à quelqu’un d’autre.

Et c’est aussi ce que j’aime dans les carnets d’urban sketchers. Même si je connaissais déjà un peu cette pratique, je suis toujours fascinée par le dynamisme qui se dégage de leurs carnets. En quelques traits, quelques taches de couleur et parfois quelques minutes seulement, ils arrivent à donner une impression de mouvement, de vie et d’instantanéité.

C’est une façon de dessiner qui me semble très différente de mon travail habituel, mais qui me donne justement envie d’expérimenter.

Et puis il y avait la question de la couleur

Un autre aspect m’a particulièrement intéressée pendant cette soirée : les palettes utilisées par les différents participants.

En tant que fabricante d’aquarelles, forcément, je ne pouvais pas m’empêcher de regarder ce que les autres avaient dans leurs boîtes !

Et j’ai découvert qu’il n’existe pas une seule manière de construire sa palette pour faire de l’urban sketching.

Certains travaillent avec une palette extrêmement réduite, parfois avec seulement quelques couleurs soigneusement choisies. D’autres ont leurs couleurs fétiches, qu’ils utilisent presque systématiquement, même lorsqu’elles ne correspondent pas à des couleurs monopigmentaires (les classiques à mon sens comme vert phtalo, rose quinacridone, bleu outremer, etc).

Et puis il y a ceux qui utilisent la couleur de manière beaucoup plus libre.

J’ai vu des scènes peintes avec du rose fluorescent, ou avec des couleurs qui ne correspondaient absolument pas à celles que l’on avait sous les yeux. Pas forcément pour rechercher un effet extravagant : simplement parce que c’était leur manière de traduire ce qu’ils voyaient ou ressentaient. J’ai trouvé ça très intéressant.

Quand on peint une scène observée directement, on pourrait avoir tendance à se dire qu’il faut essayer de reproduire les « vraies » couleurs. Or, les carnets que j’ai vus montrent justement qu’il n’y a pas forcément de bonne couleur. Chacun fait ses choix.

Palette de voyage composée de plusieurs couleurs de la Palette de la Merlette

Cela m’a même amenée à réfléchir à ma propre palette minimale. Si je devais partir dessiner avec seulement quelques godets, quelles seraient vraiment les couleurs dont je ne pourrais pas me passer ? Si tu as envie de me dire en commentaire quelle est ta sélection minimale de couleurs pour peindre, je te lirai avec plaisir.

Il n’y a pas une seule bonne façon de regarder

Une autre chose que j’ai progressivement comprise en découvrant l’urban sketching, c’est que l’objectif n’est pas forcément de reproduire fidèlement ce que l’on a devant les yeux. Et du coup, c’est moins intimidant.

On pourrait facilement imaginer que, puisque l’on dessine d’après observation, il faut respecter les proportions, la perspective, les couleurs et tous les détails du lieu. Mais ce n’est pas vraiment l’idée. Un croquis traduit avant tout le regard de la personne qui le réalise.

Et c’est probablement ce qui explique la diversité incroyable des carnets et des styles que l’on peut rencontrer chez les urban sketchers. Certains vont rechercher une représentation très précise, tandis que d’autres vont volontairement simplifier, exagérer ou déformer certains éléments pour transmettre quelque chose de leur expérience du lieu.

Même la perspective peut devenir un terrain de jeu.

Pendant le Symposium de Toulouse, certains ateliers proposaient justement d’explorer des façons de déformer la perspective plutôt que de chercher systématiquement à la respecter. Cela m’a beaucoup intéressée : les règles du dessin ne sont pas forcément là pour être suivies à la lettre, elles peuvent aussi être utilisées pour raconter quelque chose.

C’est finalement assez proche de ce que je recherche dans l’illustration : il ne s’agit pas toujours de reproduire le monde tel qu’il est, mais de trouver la manière dont on a envie de le raconter.

Et cela rejoint aussi une autre chose que j’ai beaucoup observée chez les débutants : la peur de dessiner les personnes.

Moi-même, ce soir-là, j’ai préféré supprimer les passants de mon dessin.

Je m’étais dit que j’ajouterais quelques silhouettes à la fin, une fois le décor terminé. Finalement, je n’ai jamais eu le temps de le faire et mon dessin est resté sans aucun personnage. Et ce n’est pas grave. Je crois que c’est justement en pratiquant que chacun trouve progressivement sa façon de représenter ce qui l’entoure.

Les silhouettes, les bâtiments, la perspective, les couleurs, les détails… Tout cela évolue avec le temps et avec la pratique.

Il n’y a donc pas vraiment besoin de savoir « faire de l’urban sketching » avant de commencer. Il suffit de commencer à regarder et à dessiner, puis de laisser son propre style se construire petit à petit.

Ce que cette expérience m’a apporté

Au départ, je pensais surtout que l’urban sketching n’était pas vraiment pour moi.

Je ne dessine pas habituellement des rues ou des bâtiments. Je travaille seule, dans mon atelier, avec mes habitudes, mes outils et mes sujets de prédilection. Et surtout, j’avais cette petite appréhension de dessiner devant les autres, avec cette impression que mon dessin allait forcément être regardé et jugé.

En réalité, c’est presque l’inverse qui s’est produit.

Le fait d’être entourée de personnes concentrées sur leur propre dessin m’a permis de me concentrer davantage sur le mien. J’ai pu essayer, me tromper, demander un conseil, observer les autres et simplement continuer.

Je n’avais pas besoin de produire un beau dessin. Il suffisait que je dessine.

Et je crois que c’est ce que je retiens surtout de cette expérience.

L’urban sketching m’a permis de sortir de mes habitudes, mais sans me demander de devenir quelqu’un d’autre. J’ai pu partir de ce qui m’intéressait (la lune) et l’utiliser pour entrer dans une pratique qui m’était étrangère.

Je ne sais pas si je deviendrai un jour une véritable urban sketcher. L’étiquette me fait bien moins peur à présent. Je sais maintenant que je peux m’asseoir quelque part avec un carnet, regarder autour de moi et commencer à dessiner.

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